A tombeau ouvert

A tombeau ouvert-Une

Virée dans l’univers sans pitié des communautés chiapanecas…

Une tombée de lacets bien sentis ouvraient la route au sortir de la grande ville, pour déboucher après force détours, côtes et descentes vertigineuses, sur un panorama envoûtant. Dans le ciel, les nuages s’amoncelaient au-dessus des sommets en une multitude de nébulosités tantôt compactes et tantôt clairsemées, déclinant toutes les nuances de gris imaginables. Moutonnant en petits troupeaux blancs au premier plan, ils se transformaient en grosses plaques de stratocumulus charbonneux en altitude, pour se parer de l’anthracite bleuté des cumulonimbus annonciateur d’importantes averses à l’horizon.

Sous ce ciel formidable, la terre se déployait en une succession de montagnes à la silhouette tour à tour abrupte ou adoucie par des millénaires d’érosion. Quelques falaises karstiques et bancs de sable noir parsemaient ça et là l’océan verdoyant qui s’offrait à la vue, patchwork de parcelles cultivées et d’arbres, parfois forêts naturelles et parfois plantations. Là, des bananiers égayaient de leurs grandes feuilles claires quelques caféiers. Ici, les milpas exhibaient leur régularité quasi géométrique, alternance de pieds de maïs rectilignes et de plans de haricots luxuriants, tandis qu’un peu plus loin des vaches et des taureaux musculeux paissaient dans des prés vallonnés. Au détour d’un virage, un géant plusieurs fois centenaire surplombait la canopée de son parasol de fleurs blanches. Les essences s’y côtoyaient, se mélangeant jusqu’à créer un camaïeu indistinct de verts, du plus tendre des jeunes pousses à peine écloses au sombre des aiguilles de pins. Ruban clair dans ce paysage intemporel, une route sinueuse perçait par endroits, desservant des villages d’un millier d’âmes tout au plus. Sur cette route, un taxi avançait à vive allure, pressé d’amener ces cinq occupants à bon port avant la tombée de la nuit.

Douze heures de conduite commençaient d’avoir raison de la concentration d’Alfonso, dont les yeux fatigués accusaient leur cinquante-cinq années de service. Il devait constamment les garder plissés pour réussir à distinguer son chemin. Pas qu’il ne le connût pas, depuis toutes ces années qu’il arpentait le coin, mais on ne savait jamais. D’ailleurs on allait bientôt quitter le velours de l’asphalte pour s’engager sur une chaussée qui en méritait à peine le nom, amas de pierraille boueuse qui se révélait un calvaire pour ses amortisseurs autant que pour son arrière train. En outre, la perspective de passer la nuit chez sa mère n’avait rien de très réjouissant. Au moins cette fois son petit frère Juan l’accompagnait pour subir avec lui pendant quelques heures les jérémiades incessantes de leur génitrice. A l’arrière, un des enfants n’arrêtait pas de tousser. Les dévotions et prières continuelles auxquelles elle s’adonnait ne suffisant plus, sa mère l’avait conduit chez un médecin de la ville mais les résultats ne se révélaient guère encourageants ; les fumées des foyers de cuisine lui dévoraient les poumons peu à peu et il crachait chaque jour davantage. Sa petite sœur se taisait, apathique, juchée sur les genoux de la mère et portant en écharpe leur nourrisson de frère. A leur côté, Josefina était la seule passagère satisfaite. Non contente d’avoir vendu dans la journée une bonne partie du stock de blouses, écharpes et couvertures tissées par ses soins, elle venait de décrocher la commande juteuse d’une quinzaine de couvre-lits destinés à un hôtel luxueux qui s’apprêtait à ouvrir ses portes.

Le taxi traversa une rivière impétueuse, chargée des pluies de la veille, sur un pont de rondins fatigués. Sur l’autre rive, un éboulement avait envahi la route une semaine plus tôt, mais le passage demeurait franchissable malgré l’amas de terre et de rochers qui l’obstruaient partiellement.  Le véhicule quitta la sécurité de l’asphalte après quelques dizaines de mètres, s’engageant sur une piste qui repartait à l’assaut des montagnes. Bringuebalés sur des pierres de toutes les tailles, les passagers s’entrechoquaient au gré des cahots et un Alfonso handicapé par sa vue basse peinait à éviter les plus grosses d’entre elles, qui cognaient bruyamment contre le pot d’échappement et les faisaient tous tressauter un peu plus violemment. Pire, la pluie se mit bientôt de la partie et la conduite déjà hasardeuse du conducteur devint rapidement périlleuse. Après avoir déposé la mère de famille et ses trois enfants à un carrefour, il reprit sa route à la lumière déclinante. Les essuie-glaces fatigués laissaient une pellicule grasse et mouillée, grinçant à chaque passage.

Au sortir d’une épingle particulièrement dangereuse, la voiture prit de la vitesse dans l’une des rares pentes bétonnées, qui non contente de dépasser les dix pourcents s’achevait sur un autre virage carabiné. Mais Alfonso avait mal calculé sa trajectoire et s’y engagea trop rapidement, terminant sa course sur le bas côté. Un choc sourd suivi d’un sursaut accompagna le crissement des pneus. Peinant à se dégager, il fit patiner ses roues lorsqu’il entama sa marche arrière, et quand enfin il se décolla de l’ornière un sinistre spectacle fit hoqueter d’horreur le conducteur et son frère. Un enfant d’une dizaine d’années gisait là où se trouvait la voiture un instant plus tôt, sa jambe gauche formant un angle impossible avec son bassin, immobile. Paniqué, le chauffeur termina sa manœuvre et s’enfuit en dérapant. Juan risqua un coup d’œil en arrière pour constater que le petit garçon relevait la tête, mais ne vit pas le père de l’enfant qui émergeait des champs. Avant même de s’inquiéter de l’état de son fils, celui-ci décrocha son talkie-walkie et prévint son père au village afin qu’il intercepte le prochain taxi qu’il verrait passer. Puis il s’approcha du gosse, s’assura qu’il respirait encore, et méprisant son exclamation de douleur, le chargea sur son épaule et commença à gravir les sept cents mètres de côte qui les séparaient de leur village.

Josefina, somnolente sur sa banquette,  n’avait pas eu conscience des événements qui venaient de se dérouler. Toute à ses rêveries, elle imaginait quelles couleurs elle allait accorder pour tel couvre-lit, et quels motifs elle allait broder sur tel autre, et à peine avait-elle senti la voiture piler. Aussi quelle ne fut pas sa stupeur lorsqu’elle vit une dizaine d’hommes à l’allure menaçante se jeter subitement sur son taxi afin de lui barrer le passage. Ils s’exprimaient dans un dialecte proche du sien mais qu’elle ne maîtrisait pas totalement et il lui fallut quelques instants avant de saisir la signification des leurs cris. Les villageois hostiles semblaient reprendre inlassablement les mêmes mots : « assassins, meurtriers ! », et elle ne comprenait vraiment pas les raisons d’une telle animosité. A l’avant, les deux hommes ne cherchaient ni à nier ni à admettre, mais levaient les mains en signe de reddition. Bien vite, le canon d’une carabine remplaça l’un des visages collés à la vitre du conducteur, intimant aux passagers l’ordre de descendre du véhicule. La portière de la jeune femme s’ouvrit sur une immense flaque d’eau boueuse et elle dut y enfoncer les pieds jusqu’à la cheville pour s’exécuter, maculant de boue le bas de sa jupe au passage. Elle tenta d’examiner la situation d’un œil critique, mais tout lui paraissait seulement incompréhensible. Elle était une femme seule, qui n’appartenait pas à cette communauté et célibataire de surcroît ; ses chances de rentrer chez elle sans dommages et avant la nuit étaient réduites. On l’empoigna violemment sans s’embarrasser d’explications et on la traîna dans une cahutte de bois dont la porte fut aussitôt cadenassée. Le peu de lumière qui filtrait par les jours des planches révélait un lit dont le matelas avait connu des jours meilleurs, une chaise et une table branlante. Avec quelques insectes et ses interrogations pour seule société, Josefina tenta sans succès de faire reculer la panique. Malgré son isolement, elle entendait des cris et des altercations, mais ne parvenait pas à distinguer un traître mot de se qui se disait. Et pas de batterie sur son téléphone portable pour prévenir ses sœurs restées à la coopérative de ce qui lui arrivait.

Enfin, après plusieurs heures de fastidieuse attente, la porte de la cabane s’ouvrit pour livrer passage à une vieille femme chargée d’une assiette de haricots noirs, de quelques tortillas, d’une sauce pimentée et d’un verre d’eau. Elle apportait également la lueur d’une lampe électrique de faible puissance. Alors que Josefina attaquait son repas, elle entama pour sa part un interrogatoire décousu, moitié tzotzil moitié espagnol, dont il ressortait surtout qu’elle voulait savoir ce qu’elle avait à dire pour sa défense. Ne sachant toujours pas de quoi il retournait, la jeune artisane se trouva bien en peine d’aligner le moindre mot, et la vieille commençait à perdre patience quand une autre femme qui pouvait être sa fille fit son apparition. Elle lui permit à sa façon de clarifier la situation en lui demandant comment elle allait faire pour payer l’amende, parce que d’accord le taxi qu’avait renversé le gamin il risquait plus gros, pis l’autre son frère pareillement, mais c’était sûr qu’elle aussi allait devoir casquer. A la matrone ça lui plairait que le village décide de faire justice lui-même. Briser la jambe du petit Diego qu’allait enfin pouvoir donner un vrai coup de main avec les chevaux, alors que sa mère venait d’en perdre un en couche en plus, c’était terrible. Elle finit par indiquer à sa pensionnaire mortifiée qu’elle attendrait là que son sort soit fixé par le conseil du village le lendemain, et la porte se referma sur ces entrefaites. Josefina se résigna à passer la nuit sur le matelas ranci par l’acidité des dizaines de transpirations qui l’avaient imprégné avant elle.

Dès le point du jour, le hameau se mit à bruisser d’activité. Le mot avait été donné et des hommes débarquaient de tous les coins de la municipalité, chargés à bloc de leur envie d’en découdre avec les malhonnêtes qui avaient osé offenser l’un des leurs. Ils débordaient de la halle où se tenait traditionnellement le marché et la foire au bétail, échauffés par les litres de pox qu’ils s’envoyaient dans le gosier pour alimenter leur colère. Tassés dans un coin, Alfonso, Juan et Josefina étaient solidement ligotés sur leurs chaises, des fois que leur viendrait l’envie suicidaire de prendre leurs jambes à leur cou. Face à eux, une estrade d’une douzaine de fauteuils se préparait à accueillir le tribunal qui les jugerait. Outre le juge municipal et le chef du village, il comprendrait les principaux propriétaires terriens et évidemment le père de Diego, bien décidé à rembourser le sang par le sang. Heureusement pour la jeune femme, le juge, dont le pouvoir décisionnaire était le plus fort, paraissait plus mesuré. Elle le connaissait un peu pour avoir vendu quelques articles à son épouse à l’occasion. Elle espérait sans se faire trop d’illusions qu’il lui serait offert la possibilité de livrer sa version des faits. Pas qu’elle veuille charger à tout prix le chauffeur, mais elle pensait légitimement ne rien avoir à faire avec cette histoire. Ah, combien elle préférait la compagnie de son métier à tisser et de ses fils à celle des humains vindicatifs et éternellement mécontents !

Plusieurs heures passèrent, dédiées aux conciliabules. Le ventre noué par la faim et l’angoisse, elle vit enfin le tribunal se mettre en place. Ces commissions étant plutôt du genre expéditif, elle espérait au moins avoir le soulagement d’être rapidement fixée sur son sort. Et en effet, après avoir peiné quelques minutes à assurer le silence, le juge prit la parole.

« Habitants ! Nous nous sommes réunis en ce jour pour statuer sur les sanctions à appliquer aux trois personnes ici présentes, coupables d’avoir renversé et laissé sans soins le jeune Diego, qui ne retrouvera sans doute jamais l’usage de sa jambe brisée. Les mots me manquent pour qualifier la bassesse de leur crime, et je souhaiterai que leur châtiment soit exemplaire. »

Un grondement d’approbation monta de la foule à ces mots. Quelques injures fusèrent, mais il reprit bien vite la parole.

« Vous réclamez bien légitimement leur sang ! Mais soyons lucides : notre coopérative souffre cruellement d’un manque de modernisation. Nos machettes sont rouillées, nos produits phytosanitaires dépassés, nos semences dégénérées. Je vous propose donc de compenser par l’argent ce qui ne peut être réparé. Pour Josefina, coupable de non assistance, je fixe l’amende à dix mille pesos. Les offenses commises par les frères Riveira-Gonzalez sont bien plus graves et je les condamne à cent mille et cinquante mille pesos d’amende en réparation des torts infligés. Les coupables disposent de quinze jours pour s’acquitter de ces sommes. A compter de cette date, l’entrée sur notre territoire leur sera prohibée définitivement, à eux et à leurs familles. »

Quoique frustrée de voir l’objet de sa vindicte lui échapper sans violence, la foule admit le bien fondé de la démarche du juge et consentit à réfréner ses ardeurs. Avant la fin de la journée, les femmes et les enfants allaient sûrement se prendre quelques taloches bien senties pour permettre aux hommes surexcités d’évacuer leur rage. Une fois le gros de la foule dispersé, les étrangers furent raccompagnés à leur taxi. Dévasté. Plusieurs vitres étaient brisées, il était recouvert d’immondices, et ce qui ressemblait fort à des coups de marteau tordait le capot et la calandre. Josefina frémit à l’idée que ces manifestations de violence auraient pu la toucher directement. Evitant tant bien que mal des coulées de tomate pourrie qui maculaient la poignée, elle s’empressa de se terrer dans le véhicule qui prit la route sous les quolibets des passants. Une autre voiture les escorta afin de connaître leurs adresses respectives. La jeune femme possédait les dix mille pesos ; mis de côté depuis des mois pour se rendre à la capitale, élargir son stock de couleurs et moderniser en partie son matériel vieillissant. Deux ans de bénéfices patiemment épargnés qui allaient partir en fumée uniquement parce qu’elle s’était retrouvée au mauvais endroit au mauvais moment. Mais rien à faire pour y couper. Ses recours étaient bien maigres, et elle n’osait même pas tenter un appel de peur que sa peine soit revue à la hausse voire commuée en emprisonnement.

Lorsqu’elle arriva enfin à son atelier, son regard grave tua tout net les exclamations de soulagement qui naissaient sur la bouche de ses sœurs. Elle leur résuma la situation en quelques mots, ne leur laissant même pas le temps de se réjouir de son retour. Avec son catastrophisme habituel, Paloma se répandait en lamentations : « nous sommes ruinées ! », tandis que la pragmatique Lupita tentait de rasséréner tout un chacun et particulièrement sa propre personne en arguant qu’au moins elles avaient de quoi payer et que sa sœur était saine et sauve. Elles devraient juste travailler plus, et surtout la très talentueuse Josefina dont les œuvres avaient déjà gagné plusieurs concours, pour rattraper ce mauvais coup du sort.

***

Deux semaines plus tard…

C’est les traits tirés par l’insomnie que Josefina prit place dans le pick-up de son oncle pour aller affronter son destin. Elle avait vécu les deux semaines précédentes dans le brouillard, son esprit revenant sans cesse à ce jour fatal qui avait mit son existence entre parenthèses. Elle allait enfin pouvoir quitter le purgatoire pour réintégrer le monde des vivants, celui des espoirs, des ambitions ou des déconvenues, mais il lui fallait d’abord s’acquitter de sa dette. Elle tenait la somme cachée dans la ceinture brodée qui enserrait sa blouse et sa jupe, et ne pouvait empêcher ses mains de se serrer convulsivement dessus. En quelques trop courtes minutes qui lui parurent paradoxalement des heures, elle fut rendue à destination. C’était donc la dernière fois qu’elle pouvait pénétrer cette municipalité, ce qui la forcerait à une grosse heure de détour à chaque fois qu’elle voudrait se rendre à la ville. Mais de toute façon pour rien au monde elle n’aurait voulu y retourner et affronter de nouveau le visage accusateur et hostile des habitants. Sous la halle, le comité d’accueil était au complet. Sans s’embarrasser de formules de politesse oiseuses, elle jeta la liasse de billets dans les mains du juge qui prit son temps pour compter les coupures une à une. Enfin, sans qu’aucune parole ne soit échangée, il lui fit signe de partir. Les regards qui lui vrillaient le dos lui pesaient tant qu’elle dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas s’enfuir en courant.

Elle osait à peine songer aux deux chauffeurs. Comment allaient-ils réunir l’énorme somme exigée ? Qu’allait-il advenir d’eux s’ils n’y parvenaient pas ? La loi voulait qu’ils soient conduits à l’unique prison de l’Etat, mais au vu de l’hostilité qu’ils avaient déclenchée elle doutait que ce serait le cas. Mieux valait clairement pour eux qu’ils puissent payer, quitte à s’endetter sur plusieurs générations… Elle devrait apprendre quelques semaines plus tard, par le biais d’une vidéo disponible directement au marché, que ça n’avait pas été le cas.

Car les deux hommes ne disposaient évidemment pas de cent cinquante mille pesos, pas même d’un dixième de la somme. Alors plutôt que de négocier un délai qui ne les aiderait en rien, plutôt que de demander un prêt à la banque, ils avaient préféré se terrer chez leur redoutable mère avec la lâcheté des grands enfants qu’ils étaient, espérant sans trop y croire que son légendaire caractère pourrait les sortir de cette situation inextricable. Deux jours plus tard, ne voyant rien que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie, ils se prirent à espérer qu’ils étaient sauvés. Naïfs qu’ils étaient ! Ce n’est que durant la nuit du troisième jour qu’ils furent brusquement réveillés par les dénégations formelles quoiqu’inutiles de leur mère qui tentait de cacher leur présence à des curieux. Après quelques instants, un claquement sec synonyme de gifle suivi d’un hurlement outré leur indiqua que l’un des visiteurs, lassé des mensonges, avait décidé d’employer la manière forte. Les deux pleutres, loin de se précipiter à l’aide de leur mère, se terrèrent encore plus profond dans leur lit. Peine perdue. Une lumière les aveugla soudain et quatre paires de mains se saisirent d’eux sans ménagement.

Après une seconde nuit d’emprisonnement, ils furent de nouveau traduits devant le tribunal du village. L’ambiance, qui était agressive la première fois, était à présent électrique, les participants étant encore plus enragés et avinés. Les insultes fusaient sans discontinuer, et le juge qui devait traiter une autre affaire ce même jour n’était pas là pour calmer le jeu. Avec Diego et sa famille en tête des agitateurs, une pluie continue de déchets et de crachats aspergeait les deux hommes qui sentaient croître leur terreur. Incapables de se défendre ni de proposer une solution pour sauver leur peau, ils ne faisaient qu’attiser la rage de leurs bourreaux. A bout de nerfs, Alfonso finit par éructer qu’au point où il en était arrivé, il aurait mieux fait d’achever le gamin, et même de rouler sur son père pour faire bonne mesure. C’était la phrase de trop. Sans bien qu’on sache comment, un tas de pneus fut embrasé à quelques mètres des prisonniers. Plus rien ne retenait la foule vociférante qui s’empara d’eux, leur enfila à chacun un pneu sur la poitrine et les bras, les aspergea d’essence et les jeta dans le brasier. Les deux hommes s’enflammèrent en hurlant. Leur agonie fut immortalisée par le téléphone dernier cri d’un des participants qui vendit des copies de la vidéo sur le marché, pour le plus grand plaisir des voyeurs.

6 commentaires sur “A tombeau ouvert

  1. Hello les cocos! Vous vous êtes inspirés d’une histoire vraie entendue en route?

    • Il y a vraiment deux chauffeurs de taxi qui ont renversé quelqu’un et fini en flammes, effectivement. Le reste est de moi !

  2. Hou hou … Ca vous inspire et ce n’est guère rassurant pour nous …. Une vision violente qui change des photos cartes postales . Mais nous faire sentir toutes les multitudes d’émotions par cette voie, c’est super …
    À plus tard de vous lire encore ..bons voyages!

  3. Ouais…J’suis ébahie ! C’est parfaitement bien écrit et rythmé ; j’en veux une autre ! 😀

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