Mexico D.F.

État : Distrito Federal
Pays : Mexique
Population : 20 000 000 hab.
Durée du séjour : 10 + 3 j.

Vagabondages-Mexico D.F.-9

Allez, on y va un gros week-end et après on file au Chiapas qu’ils disaient. C’était sans compter l’attrait et l’immensité de cette ville hors du commun et surtout l’amitié de nos hôtes sur place : on y a passé plus de 13 jours en cumulé, et on garde le cœur lourd de ne pas y retourner encore et d’avoir décidé de poursuivre notre voyage.

Arriver en bus au D.F. (prononcez dé-éfé) permet de matérialiser la conception qu’on peut se faire d’une grande ville. Après les premiers faubourgs, nous nous sommes enfoncés dans le cœur de la cité pendant une demi-heure (sans embouteillages) sur une six voies rectiligne. Enfin, au cœur tout relatif puisqu’arrivés au terminal Est, nous avons encore dû prendre deux métros (et renouer avec les bons souvenirs parisiens) pour arriver à notre destination. La seconde plus grande ville du monde (selon les Mexicains et certains classements) en chiffres, c’est plus de 20 millions d’habitants, des rues de 28 km de long (Insurgentes) ou encore une superficie de 1 500 km². Mais dans les faits, une fois qu’on est dedans, cette impression d’énormité s’estompe et il ne reste qu’une capitale vivante et hétéroclite. Les arrondissements parisiens sont les barrios mexicains, en beaucoup plus petits et moins nombreux. Nous n’avons forcément visité qu’une infime partie de la mégapole, et pourtant nos activités ne se sont pas résumées à écumer les bars de la Roma, aussi attirants et plein de mezcals et de micheladas qu’ils fussent.

La michelada est un mélange de bière avec de la sauce Worcestershire, de la sauce salée, du piment et du jus de palourdes, le clamato. C’est l’une des dizaines de spécialités mexicaines que l’on a découvertes sur place grâce aux bons conseils de David et Lourdes, avec par exemple le pozole (une soupe de gros grains de maïs préalablement bouillis dans un mélange d’eau et de chaux et de poulet), la barbacoa (viande de mouton mijotée plusieurs heures servie en consommé et/ou en tacos), les gusanos fritos… Dans une pizzeria tenue par un ami de David, nous avons été initiés au principe de « cocina brutal » au gré du discours enflammé du gérant qui nous prouvait son amour du piment, gorgées de Desmadre* à l’appui, ainsi qu’à sa conception toute particulière de l’histoire de la cuisine à grand coups d’éclats de rire, d’interjections de patois et de Bohemia. Mais grande ville oblige, tout se trouve à Mexico, et les pains et fromages français n’y ont pas fait exception, pour le plus grand bonheur de nos papilles chauvines qui y ont parfois trouvé le réconfort des saveurs du pays.

Outre des bars et des restaurants, le D.F. compte aussi un parc énorme mais fermé le lundi, le bois de Chapultepec. Nous n’avons pas pu le visiter, vu que nous nous y sommes naïvement rendus ce jour là. En revanche nous n’avons pas failli dans nos découvertes du barrio de Coyoacan où vécut Frida Kahlo (même si le musée qui lui est dédié était fermé lors de notre passage) ou des barrios centraux comme l’historique Zócalo, le bureaucratique Reforma avec ses immenses tours de bureaux, le tranquille Condesa… Il serait fastidieux de lister sans fin les lieux et édifices dignes d’intérêt de la ville. Un peu comme si on essayait de décrire Paris, mais avec moins de touristes, ce qui n’était pas pour nous déplaire. Spécificité locale, peu de bâtiments sont droits et cela crée de véritables paradoxes dans les perspectives. La ville est construite sur une ancienne lagune (et sur le sang et les ruines des mayas qui y vivaient auparavant), et elle s’enfonce chaque année de plusieurs centimètres.

Mais encore plus que par son architecture, c’est à mon sens par une foultitude de petits riens typiques que Mexico se vit. Nulle part ailleurs nous n’avions vu de telles rangées de baraques à tacos alignées sur les trottoirs, des dizaines de vendeurs à la sauvette réussir à refourguer jusque dans le métro des balles rebondissantes, des cuillères à beurre, des mains pour se gratter le dos « qui vous éviteront de déranger les gens pour leur demander de le faire », des fascicules religieux ou des condensés de données légales de 2015 pour savoir régler les divorces, la corruption ou les accusations de vol… A Mexico, les éboueurs viennent à vous : ils annoncent leur arrivée à grands coups de cloche et c’est aux habitants de descendre leurs ordures à ce moment là (quelle que soit l’heure). Tous les vendeurs véhiculés manifestent leur venue avec de hauts cris ; les plus marquants pour nous resteront les acheteurs d’encombrants dont l’annonce préenregistrée propose plusieurs fois par jours d’une petite voix lancinante de racheter des matelas, machines à laver, gazinières ou « toute autre chose de vieux fer que vous vendez » (ça sonne mieux en espagnol). On ne risque pas non plus d’oublier les soirées karaoké qui faisaient rage presque tous les soirs jusqu’à une heure avancée dans l’établissement situé au rez-de-chaussée de l’immeuble où nous logions. Mexico est une ville qui s’écoute autant qu’elle se regarde, mais aussi qui se sent. Odeurs d’échappements bien sûr, mais encore de viande grillée, de tortillas en train de dorer ou de frire, d’eucalyptus et de fleurs, d’égouts, de fumée…

On ne peut visiter la capitale mexicaine sans passer à côté de son institution peut-être la plus emblématique : la lucha libre (c’est même d’un mexicain qui nous a couru après quand on partait de Bacalar pour nous le dire qu’on le tient). Au vu de mon amour tout relatif des sports violents et de la mise en scène, c’est avec quelques a priori que j’ai pris place un vendredi soir au quatrième rang de l’arène où les combats allaient se dérouler. En quelques minutes à peine, une pinte sur les genoux et des botanas dégoulinants de sauce entre les mains (en l’occurrence des nachos au fromage), mon point de vue commençait à changer. C’est beauf, c’est surjoué, c’est plein de cris et d’encouragements de la part du public et c’est en somme super divertissant. De la présentation personnalisée des lutteurs juste avant le combat aux joutes savamment préparés des adversaires durant les matchs, tout se combine pour créer un spectacle populaire inoubliable. Les costumes et les célèbres masques sont au rendez-vous, ainsi que les muscles saillants et les peaux huilées, les bimbos et les enchaînements de prises spectaculaires. Mais les lutteurs ne sont pas à l’abri du danger malgré leur entraînement : l’un d’eux est mort il y a quelques mois à peine en se réceptionnant mal sur la nuque.

Cependant, notre attachement à Mexico ne tient pas qu’à toute la diversité sus-citée. Au premier étage d’un immeuble de la colonia Santa Maria de la Ribeira existe une grande colocation de quatre membres plus un chat où il fait très bon vivre. C’est grâce à notre ami français et à sa novia Lourdes, ainsi qu’à la poétesse salvadorienne Lauri et à l’éditeur Ruben que nous avons goûté l’hospitalité débordante à la mexicaine et enfin dérouillé notre espagnol. Ça ne se fait toujours pas sans douleur malheureusement, mais des trois mots que nous pouvions péniblement aligner à notre arrivée, nous étions à la fin de notre séjour à même de comprendre la majorité des conversations et même parfois capables d’y ajouter notre grain de sel. Ce qui nous a permis de bien mieux profiter de nos soirées vin et fromage, ballet de danse contemporaine ou simplement de nos virées dans la vie nocturne.

* NOTE : le Desmadre est une sauce au piment de la maison, constituée à 100% de piment habanero et qui flirte avec les sommets de l’échelle de Scoville

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Le couple royal de la cité qui nous en a ouvert toutes les portes !

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Vue (très patriotique) du Zócalo…

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… Zócalo qui rappelle nos places européennes, mais en plus grand

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Marée humaine devant le Palais de Bellas Artes

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Pas d’erreur de la part du photographe, les perspectives sont aléatoires car la ville s’enfonce chaque année un peu plus

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Ces passerelles jaunes permettent aux piétons de franchir les très larges avenues qui mènent à la ville

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Statues dénudées

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Statue stylée

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Les mexicains adorent jouer dans les fontaines… Ici celle du Monumento de la Revolución

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Toujours sur la place du Monumento de la Revolución (en arrière plan), les pompiers mexicains mettent moins d’ardeur à l’entraînement que leurs collègues français !

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Partout l’ancien flirte avec le récent, sans pour autant choquer le regard

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Quand on vous dit que tous les produits viennent à vous dans cette cité gigantesque !

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Arbres et tours de bureaux façonnent la physionomie de la ville à leur façon

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Le pittoresque règne en maître dans le barrio de Coyoacán

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Témoin de l’immensité de la ville, à chaque minute ou presque un avion en traverse le ciel

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