San Cristobal de las Casas

État : Chiapas
Pays : Mexique
Population : 200 000 hab.
Durée du séjour :  1 mois et 4 jours

Vagabondages-San Cristobal de Las Casas-9
Personne ne sait exactement pourquoi, mais tout le monde s’accorde à dire que San Cristobal de las Casas happe les touristes dans son giron et ne les relâche qu’à contrecœur. Ils s’en viennent pour une semaine et n’en repartent qu’au bout d’un mois, un an, voire jamais pour quelques uns. Certains avancent l’excuse du climat, qui tire plus sur le breton que le caribéen, mais on ne me fera pas croire que de la pluie et de la fraîcheur peuvent lier à ce point les gens à un endroit. D’autres parlent de la superbe diversité des paysages chiapanecos à aller visiter ; à ce compte là pourquoi fait il si bon juste contempler le temps passer pendant une semaine sans même quitter le centre-ville ? Les plus gourmands avanceront l’excuse du marché haut en couleurs ou des restaurants souvent bon marché et toujours délicieux, mais le Mexique est une terre de gastronomie qui régale le palais dans toutes les villes et les Etats. Les amoureux de la nature rappelleront que les collines verdoyantes qui surgissent à chaque fin de rue rectiligne donnent l’impression que la nature entre dans la ville, mais rien ne vaut un bout de jungle pour se sentir en communion avec son environnement. J’ai pour ma part une théorie assez peu orthodoxe : celle des toits de tuiles qui rappellent la bonne vieille Europe et fait se sentir chez soi même dans le plus spartiate des établissements. L’absence d’insectes piqueurs a peut-être elle aussi un rôle à jouer dans toute cette affection. Toujours est-il que nous n’avons pas fait exception à la règle et que plus de quatre semaines ont séparé notre arrivée de notre départ de San Cristobal (San Cris pour les intimes que nous sommes devenus).

Un mois ça laisse le temps de prendre ses petites habitudes, d’acquérir sa notoriété, ça fait des mains à serrer quand on se promène dans le centre-ville, ça entraîne des adieux difficiles. En un mois on a le temps de s’en forger des souvenirs, d’en ébranler des certitudes acquises au cours de débats à bâtons rompus. Après un mois on a presque peur de partir, de l’inconnu à venir, et toutes les excuses peuvent être bonnes pour repousser un peu le départ.

Dès notre arrivée -et quel accueil !-, nous nous sommes sentis en confiance. Imaginez plutôt une bande de mexicains qui vous saluent instantanément en amis et vous convient tout de go à les accompagner visiter des grottes ! Les excursions à la mexicaine, ça donne neuf clampins dans un PT Cruiser  (trois devant, quatre sur la banquette arrière et deux dans le coffre) à l’assaut des virages. Ca négocie pour tout (le prix de l’entrée, le prix de la barque pour aller faire un tour sur la rivière, le prix du paquet de chips). Ca se régale d’avoir sous la main un bon photographe et ça invente sans cesse des nouvelles demandes de prise de vue. Et surtout, ça se régale de voir votre ébahissement devant la beauté des endroits qu’ils vous font découvrir, c’est joyeux, c’est bruyant et ça chahute sans cesse.

Ma description de ce séjour risque de hérisser le poil des travailleurs acharnés avides de repos vu que nous avions déjà entamé notre périple dénué de labeur depuis deux mois avant de nous poser à San Cristobal, mais cet épisode a été pour nous l’occasion de nous reposer. De prendre le temps, de refaire notre quota de sommeil (moins de dix heures c’est pas une vraie nuit), de nous abîmer de lecture ou de jeux à la con… De glander quoi. L’esprit tranquille et les doigts de pied en éventail. Le plaisir de céder à l’envie de tout repousser au lendemain sans arrière-pensées.

Un délicieux croissant pour le petit-déjeuner, un tour au marché dans la matinée, trois ou quatre heures de lecture ou de balade dans l’après-midi, quelques botanas en terrasse pour admirer la nuit tomber, un film pour bien terminer, et un repos bien mérité !

La combinaison de touristes venus des quatre coins du globe, de mexicains citadins et d’indigènes fidèles à leurs coutumes offre à la ville un panel culturel sans équivalent. Vous pouvez ainsi vous régaler aux tables d’un restaurant italien ou d’une boulangerie française où la technique gastronomique est servie par des produits de première qualité, ou acheter pour quelques pesos des spécialités locales comme des épis de maïs bouilli badigeonnés de mayonnaise, de fromage et de piment (c’est bien meilleur que ça en a l’air). Vous pouvez aussi parcourir sans jamais vous lasser les étals du marché, où tous les fruits et légumes sont rigoureusement empilés dans des petites bassines, si bien qu’ils ressemblent à des installations de chamboule-tout de toutes les tailles et les couleurs : minuscules boules violettes des prunes, rouges ou verts des tomates fessues, vert marbrés de blanc des courgettes rondes ou oblongues, blanc immaculé des oignons frais, arc-en ciel des haricots de toutes sortes, melons et pastèques plus gros que des ballons de foot… Sous une certaine halle, des monceaux de poissons et de crevettes salés vous assaillent les narines, des rouleaux de plusieurs mètres de saucisses surplombent des rôtis, des poulets déjà plumés laissent tomber leurs têtes bien alignées sur le devant des étals. Quelques baraques proposent des dizaines de bottes d’herbes coupées fraîchement et encore plus d’écorces, de graines et de pierres destinées à la médecine traditionnelle. Une aile est spécialement dédiée à ceux qui souhaitent manger bon, beaucoup et pour pas cher. Ici la concurrence est rude ; dès qu’elles vous voient arriver, les crieuses vous assaillent de leur « que vas a comer ? Hay caldos, barbacoa, milanesa, aguas… » et à chaque fois vous commandez trop, abusez des tortillas et de la sauce pimentée et sortez de là en vous tenant le ventre et en aspirant à une bonne sieste digestive.

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