Côte caribéenne du Nicaragua

Région : Región Autónoma de la Costa Caribe Sur / Región Autónoma del Atlántico Sur
Pays : Nicaragua
Population : 9 millions hab.
Durée du séjour :  21 jours

Vagabondages-Côte caraïbe du Nicaragua-5

Le prix du paradis sera, pour nous, trois jours et demi de voyage pour rejoindre Little Corn Island depuis Managua. Le trajet usant par excellence, bien que tout se soit déroulé sans heurts. Une heure et demi de bus dans la capitale pour se mettre en jambe et à peine deux d’attente au terminal avant de pouvoir attaquer les six dernières dans les cahots de la route menant à El Rama. Une petite nuit pépère dans cette ville de transit entre les côtes Est et Ouest du Nicaragua, ponctuée d’un comedor où on mange trop bien pour rien. Premier jour de nouveau-né.

Le second ça se corse, avec trois heures et demi d’attente avant même de pouvoir embarquer dans notre première panga sur les flots du Rio Escondido. Le fleuve est superbe, masse marronnasse et tranquille qui atteint parfois plusieurs centaines de mètres de largeur à mesure que nous franchissons le delta qui nous mènera sur la mer des Caraïbes. Mais nous ne le voyons qu’alternativement, car à intervalles réguliers nous devons nous couvrir d’une bâche de plastique afin de nous protéger de la pluie. A peine le temps d’apercevoir Bluefields, porte d’entrée sur les Caraïbes. Dès le débarquement, on suit les conseils de locaux en prenant un taxi pour un autre débarcadère. « Ont-ils essayé de nous avoir ? Nous ont-ils menés dans un coupe-gorge pour nous voler nos affaires ? », nous demandions-nous conjointement avec le couple d’Italiens, compagnons éphémères avec lesquels nous partagions notre désarroi. Vu l’entourage, essentiellement composé d’hommes à moitié bourrés et parfois drogués accomplissant de menus travaux sur les docks, nous n’étions pas totalement rassurés. Soupçons fort heureusement sans fondements, et nous avons ainsi gagné un tour de trente minutes pour rejoindre El Bluff dans une autre barque de dimensions plus modestes. Ironie du sort, nous allions récupérer à ce port  le Captain D, petit cargo assurant la liaison entre El Rama et les Corn Islands que nous avions dépassé un peu plus tôt sur le fleuve.

Mais la nuit précédente, lors de son départ d’El Rama, nous n’avions pas encore décidé si nous préférions découvrir Bluefields, aller à Pearl Lagoon ou relier les îles. La rareté des liaisons avec cette dernière l’ayant emporté (à seulement trois par semaine on pouvait difficilement se permettre d’en rater une), nous avons donc embarqué sur le pont du Captain D avec passagers, cargaison, cochon et bœuf. Pas fâchés de n’avoir à se préoccuper que de tenir éloigné le mal de mer pour les six prochaines heures après la journée d’incertitudes que nous venions de vivre, entre interrogations sur notre destinations (je concède que nous étions peu organisés), variété des avis (qu’ils soient sollicités ou non) et obscurité des consignes que nous recevions de toutes parts. L’embarquement sur le pont du Captain D nous comblait donc de joie, et ce avant même de prendre l’entière mesure du paysage qui allait s’offrir à nous. D’abord, les flots marron du fleuve et les carcasses de bateaux laissèrent progressivement la place à une mer bleu cobalt aux reflets turquoise qui scintillait sous les ultimes rayons du soleil. Ce dernier nous gratifia ensuite d’un coucher somptueux, entre nuages et dégradés de couleurs. Et, pour fêter la nuit, une voie lactée étincelante…

En toute honnêteté, ce trajet idyllique fut un peu gâché par l’arrivée de la pluie qui, non contente de couvrir ce panorama enchanteur, nous a forcés à nous réfugier. Dix minutes à l’intérieur et voilà mon cœur qui commence à se soulever. Heureusement, il ne nous reste qu’une demi-heure avant de débarquer sur Big Corn Island. Une nuit en auberge (pourrie) plus tard, nous voilà partis à l’aube du troisième jour de voyage, du cash en poche et des provisions plein le sac à dos, dans notre ultime panga, celle qui assure la liaison entre Big et Little Corn Island. Et là, la joie.

Bien qu’il soit assez touristique, cet atoll offre un condensé de tout ce qui fait rêver dans les caraïbes. D’abord le rythme tranquille et posé, limite indolent. Ensuite les gens, avec leur anglais créole qui ressemble à s’y méprendre à du jamaïcain, toujours souriants et ouverts quoique souvent incompréhensibles. Le climat, au pire un peu couvert, avec des températures oscillant entre 20° et 30°, jamais trop froid, jamais trop chaud. La musique qui s’échappe de toutes les fenêtres, mélange de reggae ou de country. Et bien évidemment la mer, synonyme de plages envoûtantes et de poissons et fruits de mer frais, délicieux et peu onéreux. Une assiette de homard pour 7,5€, c’est somptueux et ça change du poulet frit/gallo pinto sempiternel des dernières semaines ! Le programme a donc été vite bouclé : courtes promenades (c’est petit mais exempt d’engins motorisés), baignades et couchers de soleil sur la plage, le tout ponctué de craquages restaurants (cf. le homard) ou découverte des récifs coralliens et de leurs merveilles au masque et tuba.

Nettement moins touristique mais tout aussi dépaysant, Pearl Lagoon se déploie sur des dizaines de kilomètres d’eau saumâtre, de palétuviers et de plantations de bananes. Tout n’y est que méandres, dédales de chenaux et de bras morts ; parfois la lagune s’étale sur plusieurs centaines de mètres de largeur, parfois elle se réduit à quelques mètres à peine, recouverte par la jungle. Ici, quasiment pas de routes mais des bateliers connaissant parfaitement la géographie de la région, capables de se repérer n’importe où dans ce labyrinthe aquatique et végétal. A moteur, à voiles ou à rames, les bateaux pêchent, assurent l’approvisionnement des rares villages ou le transport de passagers. Discrets tout autant que les hommes durant les heures chaudes de la journée, les oiseaux s’agitent à la tombée de la nuit et ravissent par leurs vols délicats et économes. Les rapaces et charognards  décrivent des cercles gracieux, portés par des courants invisibles, tandis que les petits passereaux chantent et s’interpellent d’un arbre à l’autre.

Pour supporter la moiteur et la lourdeur de la mi-journée, nous avions élu notre quartier général dans un bar (reggae !), émergeant de la lagune sur ses pilotis, et délicieusement rafraîchi par une brise constante. Endroit privilégié pour déguster une Toña bien fraîche en jouant aux dés (et en prenant garde à ne pas les laisser rouler dans l’eau) ! Autre lieu incontournable, la pâtisserie créole tenue par un jeune couple affable et jovial, dont les talents culinaires ont durablement marqué nos papilles.  Ah ! Les pains au gingembre, tartelettes à la coco, roulés à l’ananas, triangles à la goyave ! J’espère un jour réussir à retrouver ce goût franc, sain et naturel. A l’image du village et de la région, en somme.

 

2 commentaires sur “Côte caribéenne du Nicaragua

  1. On se régale! Quel plaisir de suivre vos aventures. Les photos sont superbes. On pourra passer commande? On vous embrasse très fort!

  2. J’aime bien le coté déglingué mais vivant de ces endroits. Chez nous, c’est trop bien retapé ou abandonné sale. Là bas, les objets ont plusieurs vies !

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