Bogotá

Département : Cundinamarca
Pays : Colombie
Population : 9 millions
Durée du séjour :  9 j.

Vagabondages-Bogota-13

Un syndrome touche beaucoup de voyageurs au long cours, que nous avons nommé « syndrome de San Cristóbal » chez les marmottes. Les symptômes se manifestent généralement dès l’arrivée dans un nouveau lieu. Si la moindre plante, rivière (même polluée), maison (même – et même surtout – décrépie) fait naître des exclamations d’émerveillement, si les habitants semblent tous vous sourire et vous raconter des histoires alors que vous ne leur avez pas encore parlé, vous êtes certainement touché. Les effets sont : un allongement de la durée du séjour proportionnel à l’attrait du lieu, accompagné d’un enthousiasme débordant. Je l’appelle syndrome de San Cristóbal de Las Casas parce que c’est à cause de cette affection que nous y avons passé un mois au lieu des quelques jours prévus initialement.

Nous avons été touchés par ce syndrome dès notre atterrissage à Bogotá. Dans un état un peu second après avoir vécu les 24 dernières heures dans des aéroports et reclus de fatigue. Ravis d’avoir franchi les formalités de douanes sans encombre (les Etats attendent souvent de vous que vous ayez une réservation dans un hôtel et surtout un billet de sortie de leur territoire avant même votre arrivée sur leur sol, et bien évidemment nous n’avions ni l’un ni l’autre). Soulagés d’avoir récupéré nos bagages (quand ça doit transiter dans 4 aéroports, on s’inquiète forcément un peu). Huit heures du mat’ et 8°C, on débarque dans la capitale colombienne. Suivant les conseils d’une population très serviable, nous empruntons le Transmilenio (un système de bus à haut niveau de service bien foutu) pour nous rapprocher du centre-ville. Durant la petite heure de marche qu’il nous a fallu pour rejoindre le quartier de la Candelaria que nous visions, nous avons croisé : la marche annuelle de la solidarité avec chœurs, concentration de voitures de collection des années 40 à 60 et parade militaire, un spectacle de poésie, deux Basques avec qui nous avons fait un bout de chemin, 68 flics, un marché aux puces, des vendeurs de toutes spécialités… Tous les symptômes étaient réunis, et touchés en plein cœur, avons immédiatement revu de 3 jours à une semaine le temps que nous allions passer à découvrir cette ville.

Et grand bien nous en a pris. Au premier abord, l’architecture peut vous faire penser à Londres ou à Berlin, l’animation à Barcelone, la foule aux rues du Marais (en beaucoup moins snob), mais une atmosphère typiquement latine teinte imperceptiblement chaque facette de la cité. On se promène dans des artères chargées d’histoire, et pourtant on discerne partout une envie d’aller de l’avant. Je ressens un désir de la part des habitants (je ne parle pas de politique) de surmonter leur passé sanglant. La culture et l’art, omniprésents, sont d’excellents vecteurs de ces velléités pacifistes et optimistes. Des fresques souvent monumentales ornent les murs de la ville de message de paix ou d’images délirantes et colorées (parfois un peu de messages propagandistes aussi). Nombre de places et rues piétonnes sont le théâtre de festivals, de spectacles, de concerts, de lectures…

Les bâtiments, souvent de pierre dans le centre historique, laissent la place à la brique dans tous les autres quartiers. De hautes tours de briques de verre surplombent ainsi des bâtiments plus modestes, qui abritent en plus des 9 millions d’habitants de la cité beaucoup de bureaux et d’industries. Les nombreux atouts de la capitale colombienne attirent toujours plus de famille, mais la vie n’y est pas toujours facile quand on sait que le salaire minimum est dans ce pays 650 000 pesos colombiens par mois (soit notre budget pour une petite semaine) et que les loyers moyens atteignent 500 000 pesos. Ceci explique notamment pourquoi nombre de colombiens que nous avons rencontré dans le pays ont une piètre vision de la capitale.

C’est donc avec des yeux de privilégiés que nous avons découvert cette cité. Nous avons toutefois moins bien saisi pourquoi les touristes, si prompts à s’agglutiner à Cartagena ou dans des villes plus dangereuses comme Cali, faisait quasi-systématiquement l’impasse sur Bogotá, certainement échaudés par les mauvaises critiques qui desservent cette ville, pourtant moteur du dynamisme colombien. En prenant les précautions de base (pas de Rolex apparente, pas de promenade après le coucher du soleil ni dans les quartiers les plus sensibles), on peut découvrir une mégapole qui regorge d’histoire, impliquée dans son présent dans l’espoir de se construire un plus bel avenir.

Pour terminer sur une note catholique (nous sommes en Amérique latine que diable !), je voudrais présenter en quelques mots la Catedral de sal, creusée dans la roche à deux heures de route de Bogotá. Aménagée entre 1950 et 1954 puis entre 1991 et 1995 dans d’anciennes mines de sel, elle dévoile au gré de sombres artères des croix de pierre parfois monumentales, admirablement mises en valeur par des jeux de lumière et des chants monastiques. Ambiance assurée pour la cathédrale la plus grande et originale que nous connaissions, qui n’a pas laissé de marbre (ou plutôt de sel) deux athées.

Un commentaire sur “Bogotá

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>